Pillages : Darmanin vante une justice rapide et répressive

Pillages : Darmanin vante une justice rapide et répressive

Le système judiciaire français traite les conséquences des pillages du 17 octobre

Les premières comparutions immédiates se sont ouvertes dès lundi devant les tribunaux français, deux jours après les violences et pillages survenus lors de la mobilisation du 17 octobre. L’appareil judiciaire a traité un volume considérable de dossiers, sous l’autorité d’un exécutif qui communique lui-même sur les chiffres de la répression.

C’est le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, qui a dressé le bilan des interpellations. Selon lui, 2.513 gardes à vue ont été prononcées, dont certaines étaient encore en cours. Il a précisé que les personnes concernées étaient à “95% d’hommes” et à “70% d’adultes”. Ce mardi 20 octobre au matin, il indiquait que 123 personnes au total auraient été incarcérées. Le ministère de la Justice, de son côté, a confirmé l’ampleur des premières sanctions: sur RMC, ce mardi matin, Sacha Straub-Kahn, porte-parole du ministère, indiquait que 70 à 80 personnes ont dormi en prison après les premières comparutions immédiates.

Les juridictions ont rendu des décisions aux conséquences concrètes. À Limoges, où la mobilisation de samedi avait été marquée par l’incendie de la mairie, un des pilleurs a été condamné à 8 mois d’emprisonnement sous bracelet électronique. Jawad, 25 ans, a été reconnu coupable d’avoir participé au pillage d’un magasin Lacoste. Déjà connu pour trafic de stupéfiants et violence sur personne dépositaire de l’autorité publique, le jeune homme dénonce une peine exemplaire et se considère comme innocent et victime d’une peine injuste.

“Il n’y a pas eu de pitié par rapport à ce jugement. Ce n’est pas parce qu’un individu était là au mauvais endroit au mauvais moment qu’il faut le finir et le jeter en prison. Je ne voulais pas être reconnu coupable. J’ai des preuves que je ne suis jamais allé vers ce magasin. J’ai juste passé la mauvaise rue au mauvais moment. Il ne faut pas descendre des personnes qui ne sont pas à descendre. La justice aujourd’hui elle a été terrible, sans pitié pour des faits que je n’ai pas du tout commis”, a-t-il déclaré.

À Nice, où 114 personnes ont été interpellées et 110 placées en garde à vue, parmi lesquelles 56 mineurs et 58 majeurs, des peines pouvant aller jusqu’à 6 mois de prison, dont une partie avec sursis, ont été prononcées. Le tribunal a notamment condamné un jeune mécanicien en alternance, interpellé avec cinq paires de basket dans les bras dans un magasin de sport, à six mois d’emprisonnement dont trois avec sursis. “C’était pour les offrir à mes sœurs”, a expliqué le prévenu, qui raconte avoir vu des gens entrer dans la boutique et avoir suivi le mouvement. Son avocate a parlé d’un vol opportuniste: “Ce n’est pas un casseur. D’ailleurs, les casseurs ne sont pas sur les bancs aujourd’hui”, a-t-elle lancé.

Un autre prévenu, âgé de 18 ans et sans emploi, serait incarcéré un mois et demi. Il a été interpellé dans la rue avec des chaussures neuves dépareillées à la main. “J’ai vu des chaussures par terre, je les ai ramassées, c’est tout”, a-t-il indiqué. Un autre condamné, après le vol d’une paire de basket, a regretté les faits en pleurant: “J’ai joué, j’ai perdu et je suis désolé.” Il a écopé de deux mois de prison ferme. À la barre, beaucoup expriment des regrets.

Ces premières audiences dessinent la ligne judiciaire retenue après les pillages: des procédures accélérées, des peines prononcées dans des délais très courts et, pour une partie des prévenus, des incarcérations effectives. Les chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur et par le porte-parole du ministère de la Justice donnent la mesure de l’ampleur du dispositif, tandis que les déclarations des condamnés, qui dénoncent des peines jugées excessives, posent la question de la proportionnalité des sanctions rendues dans ce cadre. Les comparutions immédiates se poursuivent, et d’autres décisions sont attendues dans les jours qui viennent.

Questions-réponses

Quel est le nombre total de gardes à vue prononcées selon le Ministère de l'Intérieur ?

Selon Gérald Darmanin, 2 513 gardes à vue ont été prononcées, dont certaines étaient encore en cours.

Quelles sont les conséquences judiciaires spécifiques observées à Limoges ?

À Limoges, un pilleur a été condamné à 8 mois d'emprisonnement sous bracelet électronique pour avoir participé au pillage d'un magasin Lacoste.

Combien de personnes ont été interpellées et placées en garde à vue à Nice ?

À Nice, 114 personnes ont été interpellées et 110 placées en garde à vue, incluant 56 mineurs et 58 majeurs.

Quel est le rôle des porte-parole ministériels dans la communication sur la répression ?

Sacha Straub-Kahn, porte-parole du ministère de la Justice, a indiqué que 70 à 80 personnes ont dormi en prison après les premières comparutions immédiates.