Un exercice de plongée de l’Armée de terre à Angers a coûté la vie à deux militaires dans la nuit du 4 au 5 mai, et les rapports internes consultés par ICI Provence désignent désormais un responsable indirect : l’organisation de la formation, dont le coût humain remonte directement aux structures de formation impliquées.
L’enquête interne relève un manque de préparation du sergent Bin Chen, 24 ans, et du caporal-chef Axel Delplanque, 33 ans, décédés dans la rivière Maine. Elle met aussi en cause plusieurs manquements dans l’application des règles et dans le déroulement de l’entraînement. L’Armée y souligne “un manque de rigueur dans l’application de plusieurs procédures”. Une enquête pour “homicide involontaire” a été ouverte, menée par le parquet de Rennes. Les premiers éléments ont révélé que les deux hommes ont été coincés dans la cavité d’une pile d’un pont enjambant la rivière.
Le matériel, lui, est hors de cause. Selon les rapports, les équipements utilisés par les deux plongeurs avaient été vérifiés en août 2025, moins d’un an avant l’accident. Les critiques de l’enquête interne se concentrent donc sur l’organisation du cursus et le respect des procédures, deux dimensions qui engagent directement la conduite des formations de plongée de l’institution militaire.
Les deux militaires, placés sous la responsabilité du Pôle école Méditerranée de Saint-Mandrier (Var), n’étaient pas prêts pour cet exercice, alors même qu’ils se trouvaient au terme de leur cursus. Ils effectuaient leur 16e plongée sur les 17 que comptaient ces trois semaines de formation tactique à Angers. Auparavant, ils avaient validé leur formation technique au sein de l’école de plongée de Saint-Mandrier, qui les avait accueillis pendant sept semaines sous l’égide de la Marine nationale. Selon ICI Provence, les deux séquences se sont enchaînées, ce qui est contraire aux pratiques de la Marine nationale.
Les rapports pointent en outre plusieurs manquements dans le déroulement de l’exercice. Les stagiaires ont découvert la présence de la cavité sous la pile du pont alors qu’elle figure pourtant sur certaines photos lorsque le niveau de la rivière est bas. Le briefing de sécurité a eu lieu uniquement en présence des personnels encadrants, et non de la totalité des plongeurs, contrairement aux obligations en vigueur dans la Marine nationale. Le plongeur de sécurité, censé être équipé de sa combinaison dès le début de l’exercice, ne l’était pas, ce qui a retardé son intervention lorsque les appels au secours ont été entendus.
Contactée par ICI Provence, la préfecture maritime de la Méditerranée n’a pas donné suite. L’ensemble de ces constats dessine une chaîne de manquements successifs, depuis la préparation des stagiaires jusqu’à l’équipement du plongeur de sécurité, qui ont pesé sur le déroulement de l’exercice et sur l’intervention de secours, et soulève la question du coût organisationnel et humain d’un enchaînement de formations non conforme aux standards de la Marine nationale.
Le détail de ces révélations a été publié par franceinfo, qui renvoie au travail de consultation des rapports : https://www.franceinfo.fr/faits-divers/accident/info-radio-france-une-enquete-interne-releve-des-manquements-apres-la-mort-de-deux-militaires-dans-un-accident-de-plongee-a-angers_8265308.html
Reste à savoir quelles suites judiciaires et organisationnelles seront tirées de ces constats, alors que l’enquête pour homicide involontaire se poursuit sous la conduite du parquet de Rennes et que l’Armée devra répondre aux critiques formulées dans ses propres rapports internes.