Léon XIV place la construction de l’Église au cœur de son Angélus
«La vigne à cultiver avec justice, c’est l’Église que nous construisons ou détruisons par nos choix.» Lors de la prière de l’Angélus, le pape Léon XIV a proposé une lecture résolument opérationnelle de la parabole des vignerons, tirée de l’Évangile du jour (cf. Mt 21, 33-43). Chaque fidèle devient ainsi un acteur de chantier, responsable de ce qui se dresse ou s’effondre dans la vie de la communauté chrétienne.
Le point de départ de la réflexion pontificale est le rejet du Christ. Jésus est le Fils de Dieu envoyé dans le monde, mais, note d’emblée le Souverain pontife, «il est rejeté par ceux qui auraient dû l’accueillir à bras ouverts». Le constat est sans détour: «Celui qui est venu apporter le salut est condamné ; Celui qui veut donner la vie est mis à mort». Pourtant, ce rejet violent ne brise pas la volonté de Dieu qui, dans son infinie justice, transforme le mal en rédemption. C’est ce rejet lui-même qui devient le fondement qui soutient tout. «Voilà, s’est exclamé le Saint-Père, comment le Tout-Puissant guide l’histoire en nous secourant dans toutes nos chutes. Dieu ne rejette jamais notre vie!»
Tout en invitant les fidèles à «réfléchir aux nombreuses cruautés qui ravagent le monde et l’histoire des peuples», le pape souligne que «l’enseignement du Christ révèle la miséricorde infinie de son Père». La miséricorde, ici, fonctionne comme le principe directeur de l’œuvre en cours: elle ne supprime pas les échecs du chantier humain, elle les reprend et les oriente.
C’est saint François d’Assise que Léon XIV présente comme le modèle de l’ouvrier dans la vigne du Seigneur. Inspiré par le Crucifié, François «a d’abord bâti sa propre vie sur le fondement du Christ, en partageant sa pauvreté, sa joie et ses souffrances, jusqu’au signe mystique des stigmates». Le pape décrit un homme de prière ardente, plein de charité envers tous, qui a été un exemple «pour les premiers frères qui ont partagé son ascèse, comme condition authentique de la réforme de l’Église». La méthode est explicitée avec précision: l’ascèse partagée n’est pas un ornement spirituel, elle constitue la condition même de la réforme.
Le bilan de cette entreprise de restauration est tout aussi concret. Cette Église, estime l’évêque de Rome, «Saint François l’a restaurée par sa foi dans le Seigneur Jésus, en comblant les fissures de la discorde par le témoignage de l’amour fraternel». L’image des fissures comblées dit la nature du travail accompli: une réparation patiente, menée de l’intérieur, par le témoignage plutôt que par la contrainte.
Huit siècles après sa mort, ce chantier n’est pas clos. Le charisme de saint François, soutient le Saint-Père, porte encore ses fruits: «en témoignent non seulement la grande et vivante famille franciscaine, mais aussi les nombreux dons que son héritage spirituel répand au sein du Peuple de Dieu». La persistance des fruits, huit siècles plus tard, sert de preuve que l’œuvre fondée sur le Christ tient dans la durée.
Le Souverain pontife a conclu son exhortation en évoquant la communion spirituelle avec les fidèles rassemblés au sanctuaire de Pompéi. Avec eux, il a demandé «l’intercession de la Très Sainte Vierge Marie, notre Mère, afin qu’elle nous accompagne toujours dans cette œuvre». Une clôture qui ramène la prière mariale à sa fonction d’accompagnement d’un travail collectif: cultiver la vigne avec justice, jour après jour, par les choix de chacun. Reste à savoir quels choix, aujourd’hui, combleront les fissures encore ouvertes.