Bourses mondiales: après le décrochage lié à l’IA, les régulateurs et les élus américains au centre des inquiétudes
Les marchés financiers mondiaux ont clôturé vendredi sans direction commune, au lendemain d’une violente correction des valeurs technologiques. Derrière la tourmente boursière se dessine une question éminemment politique et réglementaire: les élections de mi-mandat américaines, remportées largement par les démocrates qui ont conquis les deux chambres du Congrès, laissent entrevoir un encadrement plus strict des centres de données, ces immenses entrepôts de serveurs indispensables à l’intelligence artificielle et particulièrement énergivores.
C’est ce scrutin qui a servi de détonateur, selon les analystes. “L’incertitude entourant les conséquences macroéconomiques plus générales des élections de mi-mandat américaines a déclenché un vaste mouvement de réduction de l’exposition au risque sur les grandes capitalisations”, commente Patrick Munnelly, analyste de Tickmill Group.
Le nouveau rapport de force au Congrès pèse directement sur les perspectives réglementaires du secteur. Plusieurs élus ont promis des moratoires sur les nouveaux projets de centres de données, face à la grogne des habitants qui déplorent la charge imposée au réseau électrique, les émissions de gaz à effet de serre et les besoins en eau. C’est cette perspective d’un durcissement des règles qui a fragilisé les titres liés à l’IA.
Jeudi, l’indice Nasdaq, qui rassemble les valeurs technologiques, avait essuyé sa pire séance depuis avril 2025 et le choc des droits de douane imposés par Donald Trump au monde entier, en plongeant de 5,52%. L’indice élargi S&P 500 avait dévissé de 4,35%. La volatilité s’est poursuivie en Asie: le Kospi, indice phare de la Bourse de Séoul, a perdu 6,02% et le Nikkei, vedette de la Bourse de Tokyo, 5,96%, comme le relèvent les experts de la banque Lombard Odier dans une note dédiée.
Vendredi, Wall Street s’est quelque peu reprise. Le Nasdaq a gagné 1,09% et le S&P 500 0,31%, tandis que le Dow Jones a cédé 0,46%. Le mastodonte des semi-conducteurs Nvidia est remonté de 2,78% après avoir chuté de 9,30% la veille. AMD a gagné 11,04% et Micron 5,12%, après une chute de plus de 17% jeudi. Mais les investisseurs demeurent prudents. “Le mouvement observé aujourd’hui relève davantage d’un rattrapage partiel que d’un véritable renversement de la tendance baissière”, notent les analystes de Briefing.com. Le Nasdaq reste en baisse de plus de 10% par rapport à son sommet début octobre et demeure donc en phase de correction.
Les places européennes, elles, sont restées sous pression. Paris a cédé 0,81%, Londres 1,01%, Milan 0,90% et Zurich 1,14%. Francfort enregistre la plus forte baisse, à -1,92%, alors que la Bourse allemande avait battu jeudi un record historique en séance, à 26.692,90 points.
Autre institution sous le radar des marchés: la Réserve fédérale américaine. La place new-yorkaise a aussi quelque peu profité d’un rapport sur l’emploi bien meilleur qu’attendu pour le mois d’octobre aux États-Unis, selon Jose Torres, d’Interactive Brokers. Le chômage a légèrement reculé, à 4,1%, et les créations d’emplois, 165.000, ont plus que doublé par rapport à septembre, selon les chiffres du service statistique du ministère américain du Travail. Les marchés financiers s’attendaient à un rapport plus tiède, avec un chômage stable à 4,2% et autour de 60.000 créations d’emplois.
Ces données “devraient conforter la Réserve fédérale américaine dans son analyse selon laquelle le marché du travail reste solide”, estime Fawad Razaqzada, analyste de Forex.com. Elles devraient aussi permettre à l’institution de se concentrer sur son autre mandat, à savoir la lutte contre l’inflation, et la pousser à remonter ses taux d’intérêt dès sa prochaine réunion, début décembre. Sur le marché de la dette, le taux d’emprunt des États-Unis à dix ans s’établissait à 4,87% vers 21H50 GMT, contre 4,83% la veille.
Enfin, les cours du pétrole sont restés sans grand mouvement vendredi, les investisseurs préférant rester prudents face au risque géopolitique toujours présent au Moyen-Orient, au terme d’une semaine largement baissière. Le baril de Brent a grappillé 0,03% à 98,32 dollars, tandis que son équivalent américain, le West Texas Intermediate, a avancé de 0,34% à 90,83 dollars.
La question qui reste ouverte, à l’approche de la réunion de la Fed début décembre: le Congrès à majorité démocrate concrétisera-t-il rapidement ses promesses de moratoires sur les centres de données, et avec quelles conséquences pour les géants technologiques?