Bruxelles a fixé le calendrier : dès le 1er novembre, des frais de traitement de deux euros s’appliqueront aux colis importés dans les Vingt-Sept dans le cadre de ventes à distance, quel que soit le montant des articles commandés. Cette décision s’inscrit dans une réforme en profondeur du système douanier européen, accompagnée d’un renforcement des contrôles aux frontières. L’objectif affiché est double : financer ces vérifications accrues et endiguer l’avalanche de produits chinois achetés en ligne, tout en réduisant le déficit commercial européen.
Un cadre réglementaire précis encadre la mesure. Les « frais de traitement de l’Union » viseront tous les envois arrivant dans l’UE depuis un pays tiers, réalisés dans le cadre de ventes à distance. Ils s’ajouteront à la taxe européenne de 3 euros imposée depuis juillet sur les colis d’une valeur inférieure à 150 euros. Le mode de calcul est strictement défini : les frais seront exigibles pour chaque catégorie d’articles contenus dans un même paquet. Un envoi de vingt casquettes, quelle que soit la marque, générera 2 euros. Un colis mêlant trois casquettes, quatre tee-shirts et deux ceintures atteindra 6 euros.
Qui supporte la charge ? Sur le principe, pas le consommateur. La règle impose aux plateformes, aux vendeurs ou à leurs intermédiaires de régler ces frais. Les commerçants conservent toutefois la liberté d’augmenter leurs prix pour répercuter cette charge sur leurs clients, comme certains sites l’ont déjà fait pour compenser la taxe sur les « petits colis ». Les consommateurs européens ne sont donc pas novices : ce montant de deux euros viendra s’ajouter aux 3 euros déjà en vigueur.
Le contexte qui a conduit Bruxelles à agir est chiffré. Près de 5,9 milliards de petits colis sont entrés dans l’UE en 2025, soit plus de 180 chaque seconde, un volume quatre fois supérieur à celui de 2022. Sur ce total, 93 % provenaient de Chine, généralement via des sites comme Shein, Temu ou AliExpress. Les industriels et commerçants européens dénoncent de longue date une concurrence déloyale, et plusieurs pays, la France en tête, ont poussé l’Union à intervenir.
Le dispositif est permanent mais révisable. Le montant des frais sera revu tous les deux ans afin de suivre l’évolution du coût des vérifications douanières. Le calendrier réglementaire prévoit une seconde étape : à partir du 1er juillet 2028, des frais spécifiques, au montant réduit, s’appliqueront aux colis transitant dans des entrepôts spécialisés. À cette même date, la taxe de 3 euros disparaîtra, et les petits colis seront soumis aux droits de douane européens.
Cette réforme intervient à l’approche du « Black Friday » et de Noël, deux périodes généralement fastes pour le e-commerce. Reste à savoir si les plateformes absorberont la charge ou si les prix affichés refléteront, dès novembre, ce nouveau coût réglementaire.