Rouen: une enquête judiciaire coûteuse en crédibilité pour les forces de l’ordre s’ouvre après un jet de grenade près d’enfants
Une enquête judiciaire a été ouverte par le procureur de la République de Rouen après la diffusion de vidéos montrant un policier lançant un projectile qui a explosé aux pieds d’un enfant de 5 ans, en marge des manifestations du 24 octobre. L’information, apprise par l’AFP ce mardi 27 octobre auprès de la préfecture de Seine-Maritime, a été confirmée à BFM Normandie par la Direction interdépartementale de la police nationale de la Seine-Maritime.
La préfecture a indiqué à l’AFP qu’une “enquête judiciaire a été ouverte par le procureur de la République afin de déterminer les circonstances exactes de l’intervention”. De son côté, la police précise à BFM Normandie que “toutes les caméras de vidéosurveillance” sont exploitées. Sollicité par l’AFP, le procureur de Rouen, Sébastien Gallois, n’avait pas répondu ce mardi après-midi.
Les faits remontent au samedi 24 octobre, vers 17h. Selon le signalement transmis au procureur par le maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol (PS), “Mme Kljakic et ses 3 enfants mineurs rentraient d’une balade à pied en direction de leur domicile”. Mme Kljakic “ne participait pas à un rassemblement” lorsqu’un “projectile en provenance des forces de l’ordre a explosé au pied de l’un de ses enfants âgé de 5 ans”, peut-on lire dans ce courrier. Le maire y affirme qu‘“aucune situation de trouble à l’ordre public n’était apparente et ne justifiait l’utilisation de ce projectile à ce moment précis”, et réclame des “sanctions” si des “manquements étaient confirmés”. Selon lui, Mme Kljakic a déposé plainte contre X.
Dans les vidéos consultées par l’AFP, un motard casqué et siglé “Police” dégoupille et lance, quelques mètres devant lui, un projectile qui explose aux pieds d’une femme entourée de trois enfants. La famille marchait dans une rue calme précédée de passants dont certains, avec capuche et masques chirurgicaux, semblent avoir participé à la manifestation du 24 octobre, avant de fuir en pleurs un nuage de gaz lacrymogène.
Entre-temps, la saisine de la justice s’est faite par deux voies distinctes. Dès lundi, le maire de Rouen avait signalé les faits au procureur. Ce mardi, la députée LFI de la 4e circonscription de Seine-Maritime, Alma Dufour, a également saisi la justice au titre de l’article 40, visant les mêmes faits ainsi que “des usages disproportionnés de la force et des agissements illégaux de fonctionnaires de police”. Son signalement porte aussi sur “des agressions imputées à des groupuscules d’extrême droite” le 24 octobre, après avoir identifié quelques-uns de leurs membres sur des vidéos.
Parmi ces groupes figure “Les Normaux”, dont la dissolution a été demandée lundi au Premier ministre, Sébastien Lecornu, par le maire de Rouen. Par ailleurs, dès ce dimanche, le parquet de Rouen avait ouvert une enquête pour violences aggravées après la diffusion par le média Blast d’une vidéo montrant plusieurs militants nationalistes frappant un homme à terre à la suite de la manifestation du 24 octobre.
La multiplication des procédures, tant du côté des élus que du parquet, place désormais l’établissement des responsabilités entre les mains de la justice rouennaise. Ses conclusions détermineront les suites judiciaires données à ces événements, et l’ampleur des sanctions susceptibles d’être réclamées.