Des collégiens face aux premiers visages photographiés de Madagascar

Une exposition fait découvrir aux collégiens les tout premiers portraits malgaches

Des collégiens face aux premiers visages photographiés de Madagascar

Sabrina Rasoarimalala, élève de 4e au collège d’Avaradrova, avance dans les allées de l’exposition “Origines”, un carnet à la main. Comme les quarante-neuf autres collégiens venus visiter le lieu, elle découvre des visages vieux de près de deux siècles. “Je prends des notes pour garder une trace de ce que j’ai vu et après je peux le raconter à mes camarades de l’école et aussi à ma grande et petite sœur”, confie la jeune fille. Pour ces cinquante visiteurs, la visite donne un visage aux personnages de l’histoire malgache, ceux qu’ils croisaient jusqu’ici seulement dans les livres.

L’exposition réunit plus de 270 images et retrace les débuts de la photographie dans la Grande Île. Des princes et princesses aux simples sujets, de la cour royale aux campagnes, ces clichés racontent Madagascar au XIXe siècle. Une période fondatrice pour le pays, dont l’exposition permet de saisir, image après image, les tensions et les bouleversements.

Au cœur de ce récit se trouve un homme au parcours singulier : William Ellis, missionnaire britannique, le premier à avoir photographié les Malgaches. Safidy Ravoniharoson, responsable de communication du Musée de la photographie, retrace son arrivée. “William Ellis est arrivé à Madagascar à Tamatave en 1853 avec son appareil photo. Il est arrivé à Madagascar à des buts politiques”, raconte-t-elle. “Il est arrivé avec la London Missionary Society, donc les Anglais pour essayer d’évangéliser la population, c’était vraiment son but.”

De Tamatave à Antananarivo, William Ellis photographie notamment la noblesse malgache. Mais ses débuts sont difficiles. Face à son objectif, la méfiance est grande parmi ceux qu’il veut immortaliser. “Ils avaient peur que leur esprit soit arraché par l’objectif, et qu’ils meurent”, explique Safidy Ravoniharoson.

Tout bascule grâce à un prince. Le prince Rakoto accepte d’être photographié, et l’anecdote racontée au musée a quelque chose de savoureux : “quand sa femme a été photographiée, et quand le prince Rakoto a vu pour la première fois la photo de sa femme, il s’est dit, moi aussi j’aimerais être photographié.” C’est après avoir vu ce cliché que d’autres dignitaires acceptent à leur tour de prendre la pose. Le prince Rakoto deviendra plus tard le roi Radama II, et son exemple ouvrira la voie à toute une cour séduite par ce nouvel art venu d’ailleurs.

Près de deux siècles plus tard, ces portraits captivent de nouveaux regards. Chez les plus jeunes, l’émotion est palpable devant ces visages, ces vêtements, ces regards figés dans le temps. Cette année, la photographie a fait son entrée au programme d’histoire des lycées, et l’exposition tombe à point pour donner chair aux leçons. Au musée, les collégiens s’initient déjà à cet art, découvrant des images qu’ils pourront, à leur tour, raconter à leur famille et à leurs camarades.

Ce travail de transmission est précisément l’un des enjeux de “Origines”. Ces photographies, véritables témoins d’une époque, permettent de toucher du doigt ce que les manuels ne rendent que par écrit. Elles rappellent que l’histoire de Madagascar a aussi été écrite en images, parfois contre la peur et la méfiance, souvent grâce à la curiosité de quelques-uns.

Pour les visiteurs du musée, l’exposition offre ainsi un double voyage : celui de la découverte d’un passé royal et rural, et celui des tout premiers pas de la photographie sur l’île. Une expérience que Sabrina et ses camarades ont voulu fixer par écrit, pour ne rien perdre de ce qu’ils ont vu.

Pour en savoir plus, l’article de référence est disponible ici : https://la1ere.franceinfo.fr/mayotte/les-premieres-photographies-prises-a-madagascar-presentees-dans-une-exposition-1753647.html

L’exposition “Origines” continue ainsi de faire vivre ces images, portées par une nouvelle génération de Malgaches qui, comme Sabrina, prennent des notes, posent des questions et repartent avec des histoires à raconter.

Questions-réponses

Qui est Sabrina Rasoarimalala ?

Sabrina Rasoarimalala, élève de 4e au collège d'Avaradrova, qui prend des notes pour raconter sa visite à ses camarades et à ses sœurs.

Qui a été le premier à photographier les Malgaches ?

William Ellis, un missionnaire britannique arrivé à Madagascar à Tamatave en 1853 avec la London Missionary Society.

Quelle crainte éprouvaient les Malgaches face à l'objectif ?

Ils craignaient que leur esprit soit arraché par l'objectif et qu'ils meurent.

Quel rôle a joué le prince Rakoto ?

Après avoir vu la photographie de sa femme, il a voulu être photographié à son tour, et son exemple a convaincu d'autres dignitaires puis toute une cour.