Pour de nombreux jeunes de 15 à 20 ans, le passe Culture n’est plus seulement une aide ponctuelle pour acheter un livre ou réserver une place de cinéma : il devient peu à peu un compagnon de parcours culturel. À l’occasion de la rencontre des équipes du dispositif, le 16 octobre, Catherine Pégard a rappelé l’intention qui l’a fait naître. « Dès l’origine, l’idée était simple : donner aux jeunes la liberté de sortir des sentiers définis par d’autres, par l’école, pour former leurs propres goûts. Se confronter à l’émotion, à l’enthousiasme et parfois à la déception, pour avoir un avis sur l’offre culturelle qui leur est proposée. »
Expérimenté dès 2017, puis généralisé en 2021 pour les jeunes de 15 à 20 ans, le passe Culture voulait faciliter l’accès à la diversité des pratiques culturelles. Cinq ans plus tard, il est devenu opérateur de l’État, porteur d’une mission de service public et pleinement partie prenante des politiques de démocratisation et de démocratie culturelle. Son projet stratégique, baptisé « Génération 2030 », est l’occasion de redessiner son rôle et d’affirmer ses objectifs pour les années à venir.
Ce projet est le fruit d’une consultation qui a associé les acteurs culturels et réseaux professionnels, des associations et différents services de l’État. Pour les bénéficiaires, l’enjeu est concret : mieux accompagner leurs parcours culturels et réduire les inégalités d’accès à la culture. « Quatre bénéficiaires sur dix vivent dans un territoire rural ou un quartier prioritaire de la politique de la ville. Ils nous disent vouloir accéder à la même offre culturelle que les autres, explique Catherine Pégard. Notre travail, c’est de faire tomber cette première barrière, comme toutes les autres : c’est aussi pour cela que l’application est aujourd’hui l’une des plus accessibles de France aux personnes en situation de handicap. »
Selon elle, le passe Culture « c’est l’affaire des jeunes ». Cette ambition se traduit notamment par la participation à la consultation de 62 jeunes réunis au sein du Conseil des jeunes du passe Culture. Créée cette année, cette instance entend valoriser leurs idées et mettre en pratique leurs propositions concrètes. Le dispositif encourage ainsi l’engagement citoyen de ses bénéficiaires, à travers des espaces de délibération, des démarches participatives ou encore le développement du bénévolat. En s’impliquant et en partageant leurs expériences avec d’autres jeunes, les participants contribuent à faire vivre le dispositif et à favoriser le développement des pratiques culturelles.
Mais s’emparer d’un tel espace suppose d’avoir pu s’y préparer, et c’est tout le sens du parcours d’éducation artistique et culturelle, dans lequel le passe Culture s’intègre pleinement, en répondant à la Charte de l’éducation artistique et culturelle de 2016. Veillant à l’articulation entre découverte scolaire et pratiques autonomes, le dispositif assume une dimension éducative : passe Culture à l’école, de la 6e à la terminale, en lien étroit avec l’éducation nationale, les enseignements agricole, militaire et maritime, ou des missions telles que la valorisation des métiers de l’art et de la culture pour l’orientation, ou encore la sensibilisation à l’esprit critique et aux usages raisonnés du numérique.
Le numérique est au cœur du dispositif, mais pour en imaginer de nouveaux usages. L’application mobile doit pouvoir devenir une plateforme essentielle, souveraine et éthique, notamment grâce à un algorithme spécifique qui recommande ce qui n’a pas encore été exploré. Demain, elle proposera notamment un répertoire culturel français : le modèle ne sera plus basé sur l’offre, mais sur les œuvres, les artistes, les lieux et les événements. « On ne peut s’y faire livrer aucun bien culturel : il faut se rendre chez le libraire, au cinéma, au concert. Les offres “duo” invitent à sortir à deux. Autrement dit, c’est une application qui donne envie de quitter les écrans et une forme de solitude meublée d’histoires toutes faites », résume Catherine Pégard.
Il s’agit également de mettre au service de l’intérêt général les données que produit cette plateforme. Dans ce cadre sera lancé l’Observatoire du passe Culture, destiné à partager des données fiables, à analyser les pratiques culturelles des jeunes pour appuyer le pilotage des politiques publiques, et à apporter un appui en ingénierie aux acteurs culturels qui souhaitent développer ou renforcer leur adresse à la jeunesse.
Ces démarches permettront de renforcer la coopération avec les directions régionales des affaires culturelles et les collectivités territoriales, pour toujours mieux valoriser la richesse culturelle des territoires. L’objectif est de construire progressivement un passe Culture pour tous, véritable fenêtre ouverte sur la vie culturelle de proximité, encourageant la découverte du patrimoine, de l’histoire d’une région ou de ses espaces de création. Le détail du projet stratégique est présenté sur le site du ministère de la Culture : https://www.culture.gouv.fr/actualites/passe-culture-de-nouveaux-objectifs-a-l-horizon-2030.