Tourisme : entre renaissances espérées et voyages bouleversés, la semaine des voyageurs
Pour les voyageurs qui rêvent du Japon, la bonne nouvelle est concrète : dès le 28 mars, un vol quotidien supplémentaire reliera Francfort à Tokyo-Narita. Le groupe Lufthansa prévoit jusqu’à 50 vols hebdomadaires vers quatre aéroports japonais durant l’été 2027, face à une demande qui ne faiblit pas. La liaison saisonnière Francfort-Nagoya reviendra le 29 mars, à raison de trois vols par semaine, tandis que SWISS renforcera sa liaison Zurich-Tokyo-Narita avec jusqu’à sept vols hebdomadaires. Cette expansion couronne une année 2025 record pour le tourisme international au Japon, avec 42,7 millions de visiteurs étrangers. Derrière ces chiffres, ce sont des millions de voyageurs individuels qui verront leurs projets devenir plus accessibles.
Ailleurs, l’actualité est moins souriante pour ceux qui comptaient se rendre en Arabie saoudite. Les tensions régionales pèsent lourdement sur les ambitions touristiques du royaume, et ce sont d’abord les passagers qui en font les frais. Delta Air Lines a repoussé à mars 2027 le lancement de sa liaison directe entre Atlanta et Riyad, après plusieurs attaques visant l’aéroport international King Khalid, dont une le 10 octobre ayant fait au moins 12 morts et plus de 300 blessés selon les autorités saoudiennes. De son côté, Virgin Atlantic avait déjà annulé sa liaison Londres-Riyad en avril, invoquant le conflit, les risques sécuritaires et les difficultés à garantir un programme de vols fiable. Pour les familles, les pèlerins et les voyageurs d’affaires concernés, ces décisions signifient des projets suspendus et des itinéraires à réinventer.
En Syrie, l’espoir d’un retour des visiteurs se dessine lentement. Le pays cherche à relancer son secteur touristique après des années de guerre, et plusieurs groupes hôteliers internationaux, dont Eagle Hills, Emaar, Accor et Wyndham, étudient de possibles projets, notamment à Damas et Lattaquié. Au premier semestre 2026, la Syrie a accueilli 3,52 millions de visiteurs, dont plus de deux millions de Syriens expatriés revenant sur leur terre natale. Ce regain d’activité témoigne d’un attachement réel, mais il ne permet pas de conclure à un retour massif du tourisme international : les infrastructures dégradées et les difficultés de paiement restent des freins importants pour les habitants comme pour les visiteurs potentiels.
Du côté des compagnies aériennes européennes, les ajustements touchent directement les voyageurs d’hiver. EasyJet supprime entre 600 000 et 700 000 sièges supplémentaires de son programme hivernal, après une première réduction similaire plus tôt dans l’année, soit au total environ 1,4 million de sièges en moins. L’objectif est de limiter l’exposition à la hausse des prix du carburant, qui ont presque doublé depuis le début du conflit avec l’Iran en février. Ryanair et Wizz Air réduisent également leur offre hivernale. Les compagnies alertent par ailleurs sur le poids croissant des coûts réglementaires et environnementaux, notamment liés au système européen d’échange de quotas d’émissions et aux carburants durables (SAF). Pour les passagers, cela se traduit par moins de choix et, potentiellement, des tarifs sous pression.
Le carburant d’aviation durable, justement, intéresse de plus en plus d’entreprises. Selon une étude de l’IATA, d’Airbus et d’Accenture, leurs achats de SAF pourraient atteindre entre 1 et 1,9 million de tonnes par an d’ici 2030, contre 323 000 tonnes en 2024. Mais le marché reste freiné par des prix deux à trois fois supérieurs à ceux du kérosène classique, des règles comptables floues et des procédures d’achat complexes. Seules 15 % des entreprises interrogées achètent actuellement des certificats SAF. L’étude appelle à clarifier les règles de comptabilisation des émissions, à renforcer la transparence et à simplifier les achats pour stimuler la demande et accélérer la production.
Dans l’hôtellerie européenne, les rapports de force évoluent pour les établissements et leurs clients. Les réservations directes ont représenté 49,7 % des nuitées hôtelières en 2025, contre 28,2 % pour les agences de voyages en ligne. Selon une étude de HOTREC et de l’université HES-SO Valais-Wallis, Booking et Expedia concentrent 85 % du marché des OTA. Le rapport souligne que les tensions avec les hôteliers dépassent désormais la question des commissions et portent aussi sur le contrôle de la distribution et des opérations.
Enfin, deux tendances montrent combien le voyage devient une affaire personnelle et émotionnelle. Selon Skyscanner, le « pilgra-merch » pousse les voyageurs à partir pour acheter des produits dérivés propres à une destination, comme des cabas de supermarché ou des accessoires siglés d’hôtels : près de 23 % des voyageurs interrogés ont ainsi voyagé pour acquérir un produit introuvable en ligne, et 28 % de la génération Z se disent fiers d’obtenir des cabas en édition limitée. La même source annonce, pour 2027, l’essor des « Grand Odysseys », ces voyages historiques et légendaires attirant les visiteurs vers les sites antiques, les itinéraires historiques et les lieux popularisés par le cinéma, une quête de sens et de connexion avec le passé, avec 30 % des jeunes voyageurs interrogés ayant déjà suivi les traces de récits antiques.
Quant à l’insolite, il frappe à Las Vegas. L’agence Travelmation s’associe à Five Guys Vegas pour organiser des mariages dans deux restaurants de l’enseigne : à partir de 255 dollars, les couples auront droit à une cérémonie, un repas et deux tee-shirts « Just Married », les agents de voyages s’occupant de l’organisation contre une commission. Reste à savoir si ces unions burger et frites séduiront au-delà du Nevada.