Le bureau du Premier ministre mauricien, Navin Ramgoolam, a annoncé lundi la levée du couvre-feu nocturne instauré la semaine dernière après une vague inhabituelle de manifestations violentes. C’est l’exécutif lui-même qui a justifié cette décision par une amélioration de la situation, jugée suffisante pour mettre un terme à la mesure d’exception.
« Le dernier couvre-feu a pris fin lundi 19 octobre à 4 h 30 (00 h 30 GMT) et n’a pas été prolongé », a précisé le bureau du chef du gouvernement. La mesure restrictive s’appliquait à l’ensemble du territoire, et sa non-reconduction constitue, selon les autorités, un indicateur du rétablissement de l’ordre public.
Les poursuites engagées contre les interpellés
Sur le versant judiciaire, ces troubles, qualifiés de plus graves que le pays n’en ait connu depuis près de trois décennies, ont donné lieu à l’arrestation d’au moins 188 personnes dans les jours qui ont suivi les événements. Les suspects répondent notamment de faits de pillage, d’incendie volontaire, de dégradations visant des commissariats, ainsi que de détention d’explosifs. L’ampleur des arrestations et la nature des charges retenues illustrent l’ampleur des désordres auxquels les institutions ont dû faire face.
Le système judiciaire a également été saisi d’un dossier sensible : un policier, ayant ouvert le feu sur une femme et l’ayant grièvement blessée, a été interpellé puis présenté devant la justice. Ce geste, survenu alors que la situation dégénérait, a marqué un tournant dans le déroulement des événements et a soulevé la question de la responsabilité des forces de l’ordre dans l’escalade des tensions.
L’origine des troubles
Le point de départ du mouvement de contestation se situe dans des revendications sociales précises : les pénuries d’eau et la hausse du coût de la vie ont motivé les premières manifestations. Ce n’est qu’ensuite que la situation a basculé, après le tir du policier contre la femme grièvement blessée. La trajectoire du mouvement, de la revendication sociale à la violence urbaine, illustre la difficulté avec laquelle les pouvoirs publics ont dû composer durant cette semaine d’épreuve.
Un retour à la normale attesté par le secteur privé
La reprise de la vie quotidienne a été confirmée par un acteur économique directement concerné. Dans un communiqué distinct, l’opérateur touristique Mauritius Tours a indiqué que « les routes sont ouvertes, que toutes les écoles ont rouvert et que les cours se déroulent normalement, tandis que la vie quotidienne a repris son cours habituel ». Ce constat d’un opérateur du tourisme, pilier de l’économie mauricienne, vient appuyer l’évaluation faite par le bureau du Premier ministre d’une situation stabilisée.
Reste désormais aux autorités à tirer les conséquences de cette séquence. La présentation du policier devant la justice ouvrira un volet judiciaire sur l’usage de la force par les forces de l’ordre, tandis que les poursuites engagées contre les dizaines de personnes interpellées occuperont les tribunaux dans les semaines à venir. Pour le gouvernement de Navin Ramgoolam, la levée du couvre-feu marque la fin d’une mesure d’exception, mais les origines sociales du mouvement, pénuries d’eau et renchérissement du coût de la vie, demeurent des dossiers dont la gestion incombe désormais aux institutions du pays.