Diagonale des Fous : 35 h 46 min pour boucler les 181 km à La Réunion

Diagonale des Fous : 35 h 46 min pour boucler les 181 km à La Réunion

Deux ans de préparation logistique aboutissent à une finition en 115e position

La Diagonale des Fous, l’une des épreuves d’ultra-trail les plus exigeantes au monde, s’est tenue le 15 octobre à La Réunion, avec un départ donné à 22 heures heure locale. Sur les 2 800 partants alignés sur ses 181 km, un Haut-Garonnais est parvenu à décrocher un dossard : Jérôme Bernou, père de famille de 45 ans installé à Castanet. Son objectif n’était pas tant la victoire que l’exécution d’un plan préparé méthodiquement pendant deux ans. Le verdict est tombé au bout de 35 h 46 min 01 s de course. Le chrono tenait, l’organisation avait fonctionné, et le Toulousain d’origine a franchi la ligne en 115e position.

L’obtention du dossard relevait déjà d’un parcours logistique. “C’est très difficile d’avoir un dossard. J’ai attendu deux ans”, confie l’intéressé, qui sait que beaucoup de coureurs n’ont jamais réussi à terminer l’épreuve. C’est précisément ce risque qui a dicté sa stratégie de préparation : “ma stratégie était de privilégier les courses de préparation. Ainsi, je me sentais prêt”. Ancien triathlète et ex-membre du Triathlon Toulouse Métropole, il a troqué le football, le cyclisme et le triathlon pour la course à pied depuis quatre ans, avec une moyenne de 4 500 km annuels.

Ce programme de rodage s’est déroulé tout au long de l’année. En avril, il a terminé 19e du Trail des Citadelles sur 58 km. Le mois suivant, il a repris la 19e place du Tarn Valley Trail sur 100 km. En juillet, sur les 165 km du Val d’Aran, il a pris le 38e rang. Puis, en août, il a obtenu la 20e place sur les 39 km du Challenge du Montcalm. Chaque étape a servi à tester le système avant le jour J.

Le montage de l’expédition a lui aussi été calé au millimètre. Membre du Cyclo Club Castanéen, “là où je réside”, le coureur est arrivé sur l’île le 4 octobre, bien avant l’épreuve. “J’ai pu être hébergé chez un couple de Réunionnais. Ma femme Hélène et nos deux enfants Antonin et Louise m’ont rejoint le 13 octobre. Entre-temps, l’objectif était de bien me reposer. Au final, j’ai vécu une très belle course.” Le jour du départ, il s’est placé dans le SAS 1, juste derrière les élites. “Je fais un départ plutôt rapide pour bien me placer et éviter les bouchons que peuvent créer certains entonnoirs. Le peloton s’est ensuite étiré quand on est arrivé dans les champs de canne à sucre”, raconte ce cadre chez Airbus. Au bout de 11 heures de course, il a retrouvé ses proches “notamment pour manger et repartir au sec”.

Le dispositif de suivi a tenu son rôle au moment le plus critique, à la sortie du Cirque de Mafate. “Des paysages incroyables, comme dans les films de science-fiction. Moralement, on en prend quand même un coup avec tout le dénivelé positif. Mais à la sortie de Mafate, il y a une vraie porte en ferraille. Mes proches pouvaient me géolocaliser grâce à la puce GPS et j’ai pu entendre leurs voix. Forcément, ça réchauffe le cœur pour enchaîner avec une descente de 2 000 m de dénivelé négatif en direction de la deuxième base de vie”, décrit-il. Ce passage compte d’autant plus qu’il porte les séquelles de blessures passées : un coude et une épaule cassés en 2016 lors d’une séance de triathlon “avec une voiture qui m’est rentrée dedans”, puis une cheville cassée en 2020 sur un trail en montagne.

Toute chaîne d’assistance connaît ses aléas, et celui-ci est survenu au moment d’un ravitaillement prévu. Sa femme n’a pas pu stationner la voiture au lieu prévu en raison de barrières. “J’espérais pouvoir faire une petite sieste. J’ai juste eu droit à quelques barres énergétiques et à un bisou (rire) avant de repartir. Mais j’avais eu le temps de manger le rougail saucisse.”

L’arrivée était prévue sur un stade de football entouré d’une piste d’athlétisme. Dans les derniers kilomètres, un SMS de son père a joué le rôle de régulateur de rythme. “Plus on s’en approche, plus on a l’impression de s’en éloigner. Je savais que j’étais aux alentours de 35-36 heures de course. Et mon père me dit que si j’accélère je peux passer sous les 36 heures. Et passer sous ce chrono, c’était quelque chose de formidable.” Le plan prévoyait initialement trois scénarios, à 33, 35 et 37 heures ; l’essentiel, aux yeux du coureur, était de faire moins de 40 heures. Objectif tenu, et même dépassé : dixième sur 400 dans sa catégorie Master 2.

Les suites immédiates confirment que le corps a encaissé. “Un jour après mon arrivée, j’allais déjà mieux physiquement et on a même fait une rando de deux heures en famille. Je n’ai pas eu d’ampoule. Mais la fatigue est quand même bien présente avec ces deux nuits passées dehors”, précise le Haut-Garonnais, désormais membre de “la famille des raideurs”, soutenu par le salon Stéphan, Slangues et Cuisines Premier Plan. “Ma crainte était qu’un grain de sable vienne chambouler ma belle année 2026. Finalement, je réalise une saison formidable.”

Le calendrier de livraison reste chargé. La saison 2026 est terminée, mais pour 2027, il a été tiré au sort pour le Marathon de Londres du 24 avril, où il espère passer sous les 2 h 50 min et battre ainsi son record. L’Ultra-Trail du Mont-Blanc figure aussi dans ses plans. “Et d’ici trois-quatre ans, je vise des ultra-trails encore plus longs.” Sacré programme.

Questions-réponses

Combien de temps Jérôme Bernou a-t-il attendu pour obtenir son dossard de la Diagonale des Fous ?

Deux ans. Le coureur indique qu'il est très difficile d'obtenir un dossard pour cette épreuve de 181 km réservée à 2 800 partants.

Quelles courses de préparation ont servi de tests avant l'épreuve ?

Le Trail des Citadelles (58 km, 19e en avril), le Tarn Valley Trail (100 km, 19e en mai), le Val d'Aran (165 km, 38e en juillet) et le Challenge du Montcalm (39 km, 20e en août).

Quel aléa a affecté la chaîne d'assistance pendant la course ?

Sa femme n'a pas pu stationner la voiture au lieu prévu à cause de barrières, si bien qu'il n'a eu que des barres énergétiques au lieu de la sieste espérée.

Quels objectifs figurent au calendrier 2027 du coureur ?

Le Marathon de Londres du 24 avril 2027, où il vise moins de 2 h 50 min, ainsi que l'Ultra-Trail du Mont-Blanc et des ultra-trails encore plus longs d'ici trois-quatre ans.