À La Réunion, une voiture accidentée pour choquer les conducteurs

Une mise en scène choc au chef-lieu pour rappeler le prix humain des excès au volant

À La Réunion, une voiture accidentée pour choquer les conducteurs

À l’entrée de la galerie commerciale du chef-lieu, les clients qui viennent faire leurs courses ne s’attendent pas à ce qui les attend. Une voiture à l’allure sportive mais visiblement accidentée est dressée là, au milieu du passage. Sur une flamme publicitaire de la sécurité routière, un message s’affiche en grandes lettres : “La route ne tue pas”. En dessous, en plus petit, la suite tombe comme une évidence amère : “les excès oui”. Plus loin, entre les magasins et les passants qui déambulent, deux corps reposent sous des draps blancs. La scène choque, et c’est voulu. C’est exactement ce que voient les automobilistes qui passent sur les lieux d’un accident mortel.

Ce dispositif installé au cœur d’un lieu de vie quotidienne marque le lancement d’une nouvelle campagne de sensibilisation menée par la préfecture de La Réunion, et ce jusqu’à la fin de l’année. Son objectif : faire prendre conscience aux conducteurs des dangers qu’ils représentent dès lors qu’ils cèdent aux excès. Le message touche d’abord les habitants dans leur quotidien, ceux qui poussent les portes de la galerie, chargés de leurs paquets, et qui se retrouvent brutalement confrontés à l’image de la mort sur la route.

Car derrière ces mises en scène, il y a des vies. Depuis le début de l’année, vingt-sept personnes ont trouvé la mort sur les routes de l’île. Vingt-sept personnes qui, sous les draps blancs, étaient des proches, des voisins, des collègues. Un chiffre qui reste, aux yeux des autorités, toujours trop élevé, et qui justifie cette mobilisation prolongée jusqu’en fin d’année.

L’alcool occupe une place centrale dans cette campagne, avec des chiffres qui parlent à tout le monde. Un verre d’alcool fort à 40 % de volume, servi lors des repas en famille, représente environ 7 cl. C’est plus de deux fois le volume autorisé à la vente dans un débit de boisson, fixé à 3 cl. Avec ces 3 cl, le taux d’alcool dans le sang atteint 9,6 grammes ; il monte à 22,4 grammes pour une dose de 7 cl. Or, pour prendre le volant, le taux doit rester inférieur à 0,5 gramme par litre de sang, soit 0,25 mg d’alcool par litre d’air expiré. Que le verre ait été bu dans un lieu privé ou dans un débit de boisson, le seuil légal est donc largement dépassé dans les deux cas. Pour les conducteurs en période probatoire, la tolérance est encore plus stricte : 0,2 g par litre de sang. Le message le plus simple reste celui-ci : ne pas boire d’alcool du tout quand on prend le volant. En 2025, 41 % des personnes tuées sur les routes avaient la consommation d’alcool comme facteur aggravant.

D’autres comportements du quotidien peuvent aussi coûter cher, même sans provoquer l’irréparable. La consommation de produits stupéfiants altère les capacités du conducteur, et un contrôle peut se révéler positif même plusieurs jours après la prise de drogue, avec une sanction immédiate : permis suspendu pour six mois et véhicule immobilisé. Les conséquences peuvent être lourdes pour la vie d’un travailleur, jusqu’à la perte de son emploi faute de moyen de transport. En 2025, les produits stupéfiants étaient en jeu dans 20 % des accidents mortels. Le téléphone au volant est également prohibé, et depuis le 1er juin dernier, les conducteurs fautifs risquent eux aussi de perdre leur permis. S’ajoutent à cela des excès constatés chaque jour : excès de vitesse, excès de confiance dans ses propres capacités comme dans celles de son véhicule.

Le bilan humain de l’année dernière donne la mesure de l’enjeu pour les familles réunionnaises. Neuf cent vingt-quatre accidents corporels ont été recensés sur les routes de l’île, dont 277 graves et 39 mortels. Quarante-deux personnes ont perdu la vie, 38 hommes et 4 femmes, soit une hausse de 5 % par rapport à 2024. Sur les 1126 blessés, 308 ont été hospitalisés plus de 24 heures. Certains sont toujours hospitalisés ou suivis dans des centres de rééducation, des mois après, avec des vies bouleversées.

C’est pour éviter que d’autres familles ne vivent ces drames que la campagne se poursuit. Les habitants qui croisent la voiture accidentée ou les draps blancs dans leur galerie commerciale sont invités à mesurer ce que chaque excès peut coûter. Le détail de cette opération est notamment relayé par la presse locale, comme le montre cet article : https://la1ere.franceinfo.fr/reunion/la-route-ne-tue-pas-les-exces-oui-la-nouvelle-campagne-de-la-securite-routiere-a-la-reunion-1746696.html

Pour celles et ceux qui prennent la route chaque jour, le message tient en une phrase simple : la route ne tue pas, les excès, oui.

Questions-réponses

Que voient les habitants à l'entrée de la galerie commerciale du chef-lieu ?

Une voiture à l'allure sportive mais visiblement accidentée dressée au milieu du passage, ainsi que deux corps reposant sous des draps blancs, une mise en scène volontairement choquante.

Qui organise cette campagne et jusqu'à quand ?

La préfecture de La Réunion mène cette campagne de sensibilisation à la sécurité routière jusqu'à la fin de l'année.

Quels sont les seuils légaux d'alcool au volant rappelés par la campagne ?

Le taux doit rester inférieur à 0,5 gramme par litre de sang, soit 0,25 mg par litre d'air expiré, et la tolérance est de 0,2 g par litre de sang pour les conducteurs en période probatoire.

Quel est le bilan humain des routes de l'île l'année dernière ?

924 accidents corporels ont été recensés, dont 277 graves et 39 mortels ; 42 personnes ont perdu la vie, 38 hommes et 4 femmes, soit une hausse de 5 % par rapport à 2024, et 1126 personnes ont été blessées, dont 308 hospitalisées plus de 24 heures.