Diabète : à l’île Maurice, une épidémie qui recule enfin, et des habitants qui en profitent
À l’île Maurice, vivre avec le diabète n’a plus tout à fait le même visage qu’il y a quinze ans. Après un pic atteint en 2009, la prévalence du diabète de type 2 parmi les habitants de l’île a entamé une baisse soutenue. Une évolution inédite à l’échelle mondiale. Ce retournement, documenté par des chercheurs de l’université d’Helsinki (Finlande), concerne directement la population générale de l’île : entre 2009 et 2021, moins de Mauriciens sont tombés dans le diabète de type 2 et moins vivent avec une hyperglycémie intermédiaire, cette zone intermédiaire qui annonce souvent la maladie.
Pour les habitants, cette tendance se traduit par des chiffres concrets. En 1987, la prévalence du diabète de type 2, ajustée selon l’âge et le sexe, était de 14,7 %. Elle a progressivement grimpé jusqu’à 23,3 % en 2009, avant de diminuer de manière importante pour se stabiliser à 19,9 % en 2021. L’hyperglycémie intermédiaire suit le même chemin : 20,8 % en 1987, un pic de 24,9 % en 2009, puis une baisse jusqu’à 15,6 % en 2021. Autre signe encourageant pour la population : la proportion de personnes atteintes de diabète de type 2 ayant reçu un diagnostic récent a fortement diminué, passant de 67 % en 1987 à 32,5 % en 2021, ce qui suggère que les Mauriciens sont mieux suivis et diagnostiqués plus tôt.
“Cette baisse contraste avec le discours dominant au niveau mondial sur cette maladie chronique, caractérisée par une prévalence en hausse dans la plupart des régions, sous l’effet de l’urbanisation, de l’évolution des habitudes alimentaires, du vieillissement de la population, de la baisse de l’activité physique et de l’augmentation de l’obésité”, soulignent les chercheurs, dont les travaux sont parus dans la revue The Lancet Diabetes & Endocrinology. L’étude s’appuie sur l’analyse détaillée de sept enquêtes sur les facteurs de risque de maladies non transmissibles, menées auprès des habitants de l’île, et dont le récit complet est notamment accessible via ce lien : https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/55929-Diabete-ile-est-elle-parvenue-faire-reculer-l-epidemie
Comment l’île est-elle parvenue à ce résultat ? Les chercheurs finlandais ont pu s’appuyer sur un suivi exceptionnellement ancien de la maladie sur le territoire, grâce à sept enquêtes transversales menées depuis 1987. Fondées sur des protocoles standardisés, ces enquêtes ont été réalisées auprès de la population générale de Maurice en 1987, 1992, 1998, 2004, 2009, 2015 et 2021. Au total, 36.744 adultes âgés de 25 à 74 ans ont été examinés, avec un taux de participation supérieur à 85 % pour chaque étude, un gage de fiabilité rare.
Chaque enquête a permis d’évaluer la prévalence du diabète de type 2 et de l’hyperglycémie intermédiaire au moyen du test de tolérance au glucose par voie orale (HGPO), qui nécessite un jeûne d’au moins huit à dix heures avant l’examen. “L’île Maurice est le seul pays à avoir systématiquement utilisé l’HGPO pour surveiller l’évolution de ces deux affections au fil du temps”, précisent les auteurs. Concrètement, un professionnel de santé prélève un échantillon de sang pour mesurer la glycémie à jeun du patient. Celui-ci boit ensuite un liquide sucré contenant une quantité précise de glucose, généralement 75 grammes pour les adultes, et d’autres prélèvements sont effectués une heure puis deux heures après l’ingestion. Jusqu’au dernier prélèvement, la personne doit rester au repos et s’abstenir de manger, de boire autre chose, de fumer et de faire de l’exercice. Les échantillons sont immédiatement centrifugés afin d’isoler le plasma pour la mesure du glucose, et le statut glycémique a été classé selon les critères de l’OMS de 2006.
Derrière ces chiffres, les chercheurs attribuent cette évolution à un ensemble d’actions de prévention et de prise en charge menées au niveau national. Ils citent des mesures politiques incluant le plaidoyer et la législation, le dépistage des facteurs de risque de maladies non transmissibles, notamment grâce à des cliniques mobiles qui se rapprochent des habitants, ainsi que des plans d’action nationaux pour la nutrition, l’activité physique et la lutte antitabac. S’y ajoutent une feuille de route pour améliorer la santé et le bien-être tout au long de la vie et un cadre national de services pour les maladies non transmissibles, établissant des normes de soins et de qualité au sein d’un protocole de service. Un élément pèse lourd dans la vie quotidienne des Mauriciens : les services de santé du secteur public, y compris les médicaments essentiels, sont gratuits sur l’île.
“Il est encourageant de constater que la hausse constante du diabète de type 2, observée dans presque tous les pays du monde, pourrait être stoppée, voire inversée, par les efforts nationaux de prévention et de lutte”, concluent les auteurs, pour qui cette réussite offre un espoir aux pays confrontés à une épidémie de diabète. Les expériences passées concernant d’autres problèmes majeurs de santé publique, tels que les maladies cardiovasculaires et le cancer du poumon, ont démontré qu’il est possible de s’attaquer aux épidémies de maladies chroniques non transmissibles. D’autres nations pourront-elles suivre le chemin ouvert par cette petite île de l’océan Indien ?